Partageant son expérience de l’entrepreneuriat et du leadership féminin, lors du webinaire organisé parle Club des Femmes Ingénieurs de l’EMI (CFIE), en partenariat avec la Plateforme Mondiale des Femmes Entreprenantes du Maroc (PLAMFE Maroc) et le Club Développement Durable de l’AIEM (CDD) sur  le thème: “Femmes en Action pour le Développement Durable : Réalisations & Challenges “,  Mme DJOMAND a affirmé qu’en dehors des pays du Maghreb où il y a une volonté de l’Etat d’accompagner les femmes à un certain niveau de développement ; au niveau de l’Afrique subsaharienne, ce n’est pas encore évident bien que dans certains pays l’entrepreneuriat soit presqu’inné. C’était lors de sa seconde intervention, le 25 septembre 2021, dans le cadre de la 2ème édition du Festival des Objectifs du Développement Durable de la PLAMFE et du 6ème anniversaire de l’agenda 2030 de l’ONU :

Prenant l’exemple de la Côte d’Ivoire dont elle est originaire, elle explique que beaucoup de femmes sont arrivées à l’entrepreneuriat par hasard « à cause du chômage, parce qu’i n’y avait pas d’autres choses à faire, c’était la seule alternative pour soutenir leurs maris donc c’est vraiment par pure nécessité et non pas par volonté », explique-t-elle. 

Avant de poursuivre, « nous avons remarqué aussi que les femmes étaient beaucoup plus concentrées dans l’économie domestique alors qu‘elles pouvaient faire plus. Et chaque fois qu’en institution onusienne aidait les femmes, c’était dans le domaine de la micro-entreprise. C’est dire qu’on entretient la pauvreté, donc on s’est dit pourquoi ne pas intéresser les femmes à adhérer à des réseaux de femmes où elle allait bénéficier d’un accompagnement de proximité »

L’objectif du projet que nous avons mis en place c’était de faire en sorte que celles qui étaient un peu plus instruites puissent soutenir les femmes du sous-sol, c’est-à-dire, les femmes qui mènent une activité sans être instruite. « Il fallait développer un dialogue entre les femmes du milieu rural et les femmes du milieu urbain, dans une perspective de désenclavement de la zone rurale », explique Mme DJOMAND.

 « Nous avons mis en place des activités génératrices de revenu et cela fonctionne plus ou moins bien, en fonction des pays. Il y a encore un souci c’est la discipline. On manque de méthodes et nous sommes en plein apprentissage donc nous soutenons les femmes à avoir une activité génératrice de revenus, à avoir les codes du business parce qu’il faut complétement sortir de cette économie domestique pour aspirer à une économie à une échelle beaucoup plus intéressante et puis il y a un manque de formation et d’éducation », dixit la PCA de la PLAMFE.

Selon Mme DJOMAND, grâce à l’Académie des Femmes, les femmes peuvent desormais s’instruire, apprendre les bases de l’Entrepreuneuriat. « Grâce aux réseaux de femmes auxquels nous sommes affiliés, nous essayons de développer des marchés et partageons notre intelligence.  Depuis 4 ans, nous sommes dans un programme du ‘’Village Millénaire’’ qui concerne les femmes qui s’intéressent au développement mais en milieu rural, pour faire face au couple ruralité=pauvreté », confie-t-elle.

A en croire la Présidente Fondatrice des Réseaux, PLAMFE, AFIP et LAB Femmes, lorsqu’on intéresse, les enfants du village, lorsqu’on parle d’ODD on arrive à changer les choses « Il ne faudrait pas qu’on gomme les villages du développement. On ne peut pas parler de développement en oubliant les villages donc on associe les villages au développement », dira-telle.

C’est pourquoi a-t-elle souligné, « nous avons un programme mené par les femmes au niveau du village, parce que nous voulons changer le visage de nos villages, c’est là-bas qu’il y a le terreau de la précarité. Les ODD doivent s’intéresser en priorité à l’essor des villages, en associant les leaders de ces villages-là, ça peut-être les autorités coutumières, les forces vives, il y a souvent les jeunes déscolarisés. Il a aussi les femmes qui travaillent dures qui n’ont pas les moyens. Nous demandons donc aux personnes qui ont réussi qui sont en ville de repartir vers le village dans une nouvelle démarche ».

Pour Désirée DJOMAND, il faut réinventer le progrès, ceux qui sont ville doivent ramener de l’argent pour mener des activités au sein des villages. « Nous nous intéressons aux femmes, aux jeunes, nous les remettons dans des activités de proximité qui peuvent générer de l’argent très rapidement., ensuite nous mettons l’accent sur le jumelage, il faut s’ouvrir à d’autres villages pour partager des spécialités parfois complémentaires », a-t-elle conseillé.

Justifiant sa position, elle explique que l’objectif à terme  «  c’est de mettre en place des programmes d’adduction d’eau potable, d’électrification, d’infrastructures primaires et même des cultures de rente parce que qui parle de culture de rente parle d’éducation car c’est avec les revenus de ces cultures de rente que beaucoup  de villageois peuvent participer à l’éducation  leurs enfants à l’école, mais aussi participer à l’entretien des pistes parce que c’est par ces voies que les produits agricoles sortent des villages et surtout les moyens de communication parce que souvent les produits pourrissent par manque de moyens de communication et on ne peut pas toujours attendre des pouvoirs publics ».

 Donc ces villages sont organisés comme des entreprises avec une cellule focale qui s’occupe des projets, une autre qui s’occupe du suivi et évaluation et puis une autre cellule qui va s’occuper des mesures correctives. « On a des jeunes garçons et des jeunes filles qui sont retournés au village parce que la ville ne leur pas réussi et nous savons que ces personnes peuvent être formées pour accompagner nos mamans dans les campagnes, les hommes à améliorer les services », affirme-t-elle.

Mme DJOMAND estime qu’en Afrique Subsaharienne, on met beaucoup d’argent pour les funérailles et comme par hasard on trouve de l’argent pour les obsèques.  « On a donc décidé avec les villages partenaires de penser beaucoup plus aux vivants qu’aux morts parce que nous pensons que ce sont les vivants qui ont besoin de moyens financiers pur participer au développement. Donc nous avons lancé un appel aux femmes qui ont commencé à transformer le visage de leur village, cela crée un engouement et on demande aux villages pour une somme modique (2 euro environ 1000 F Cfa), on fait le tour de tous les habitants pour qu’ils puissent participer au financement au projet au développement mais aussi les enfants qui sont restés en ville qui ont des moyens, ensuite les partenaires s’ajoutent pour les projets en milieu rural. Beaucoup d’études montrent que lorsque les villageois sont associés aux projets ils sont plus enclins à s’investir.  

Cette Passionaria du réseau estime qu’au niveau village, on a l’occasion de mettre en pratique, peut-être pas les 17 ODD mais les principaux.  « Au village, les femmes participent à des tontines (une sorte d’association collective d’épargne dont la propriété du gain revient à une partie seulement des souscripteurs, tour à tour) et ça commence à avoir un certain succès. Comme la banque ne fait pas vraiment de prêt parce que les personnes qui n’ont pas de moyens ne peuvent pas présenter des garanties, c’est un moyen de mobiliser très rapidement de l’argent pour mettre à disposition des personnes qui en ont besoin. Cela permet de créer des activités génératrices de revenus. Il y a également l’ouverture, on cherche dans d’autres pays l’opportunité de faire des affaires ».

C’est pourquoi, dira-t-elle, le partenariat Afrique noire-Maghreb est à encourager. « Nous on s’attend que le Maghreb vienne vers l’Afrique noire et que l’Afrique noire va à la rencontre du Maghreb et nous devons encourager cela.  Pour Mme DJOMAND, lors de sa dernière mission au Maroc, à l’occasion du  Forum de l’Entrepreneuriat Féminin et de l’Autonomisation des Femmes dénommé ‘’Women Entrepreneurship and Empowerment, organisé par le Centre de Prospective Stratégique de l’ICESCO), avec l’appui de la Fondation KONRAD ADENAUER,  elle a pu se rendre compte qu’il y a un réel besoin en la matière «  donc au niveau de notre Plateforme nous proposons de nouveaux services, on essaye de réinventer le développement en milieu urbain mais nous pensons que le villages ne doivent pas être oubliés dans cette dynamique  », a-t-elle relevé.

Eugène YAO